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Groupe de réflexion

Nouvelles animations basse fidélité à base de pixels démesurés


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Michael Bell-Smith

Les interrogations silencieuses du pourquoi et du comment sont au cœur de l’œuvre de Michael Bell-Smith. L’artiste de Philadelphie expose dans la même galerie que Paper Rad (Foxy Production) et crée des images animées à la manière des peintres. Les scènes sont entièrement conceptualisées et présentées dans le langage de sa génération : les pixels. Bell-Smith utilise l’animation pour créer des images qui traduisent des sentiments, mais dans le langage visuel qui a envahi notre quotidien depuis l’arrivée des jeux vidéo et du Web. Dans « Self Portrait, NYC » créé en 2006, un homme se tient immobile au milieu d’une rue avec derrière lui, une foule en mouvement. L’ensemble (une image composée d’éléments pixélisés) nous rappelle les jeux vidéo. Rien n’est fait pour dissimuler le caractère numérique, ce qui rend cette image d’homme seul encore plus poignante et satirique ; poignante par le sentiment de solitude qu’elle dégage et satirique par le choix délibéré de la basse fidélité. Malgré l’omniprésence de la technologie et le grouillement de la foule, cette image nous rappelle que nous demeurons des humains voués à la solitude.

Self Portrait, NYC

Figure 4 : Michael Bell-Smith, « Self Portrait, NYC », 2006.

Dans « Self Portrait, NYC » comme dans de nombreuses autres créations, Bell-Smith utilise l’animation à contre-emploi et ne la met pas au service d’une histoire, mais d’une idée. « Dans mon travail, j’aime utiliser différents éléments et les reconceptualiser. Essayer de créer de nouveaux espaces là où ces éléments peuvent être revisités. »

Les deux œuvres de Bell-Smith représentent des images que nous connaissons déjà : un héros face au soleil couchant et un homme seul au milieu d’une foule en mouvement (un effet courant au cinéma). Détournés d’une histoire, ces éléments revêtent une autre signification. Parallèlement, ils changent, évoluent, nous donnant le sentiment qu’ils ne sont qu’une partie d’un tout : une histoire, une vie, un monde. C’est un peu comme si le spectateur se repassait encore et encore la même scène d’un film. « Je suis persuadé que la narration a sa place et pour ma part, je ne la rejette pas », affirme Bell-Smith. « Simplement, je reste plus intéressé par les images et les mouvements. »

Continue, 2000

Figure 5 : Michael Bell-Smith, « Continue, 2000 », 2005.

Bell-Smith fait généralement une utilisation des logiciels bien plus primitive que celle pour laquelle ils sont prévus. Pour cette raison, il a dû développer des techniques visant à contourner certaines fonctions logicielles dont l’exécution est automatique. « Mettre autant d’efforts à désactiver un logiciel peut parfois sembler ridicule, mais cette tâche est nécessaire à mon travail. » Lors de la création de « Self Portrait, NYC », par exemple, Bell-Smith a imposé ses propres limites. Il a conservé une esthétique basse fidélité, dessinant à la main le paysage urbain, pixel par pixel, plutôt que d’utiliser un programme ultra-rapide de rendu 3D. Le résultat est une œuvre numérique sophistiquée « façonnée à la main ». Bell-Smith contrôle les outils à sa convenance. Par ailleurs, il relève que « l’idée que l’imagerie numérique doit forcément progresser vers un rendu toujours plus réaliste va à l’encontre de l’évolution historique de l’art. Si nous envisagions l’art sous cet angle, toutes les peintures seraient plus ou moins néoclassiques. Pourtant, la plupart des logiciels tendent implicitement vers cela. Et il n’est pas facile d’avancer à contre-courant. » Ainsi, lorsqu’il crée des effets d’animation, il doit lutter contre la tendance d’After Effects d’ajouter automatiquement une image « fantôme » pour adoucir les images là où Bell-Smith souhaiterait garder un aspect moins soigné. C’est un dialogue incessant entre l’artiste et l’outil, qui mène à des résultats stimulants et hypnotiques.

Some Houses Have Pools

Figure 6 : Michael Bell-Smith, « Some Houses Have Pools », 2006.