
Patti Shank, Ph.D., C.P.T., est conceptrice pédagogique, technologiste, écrivain et auteur. Elle enseigne et aide les gens à enseigner en ligne. Vous pouvez la contacter par l’intermédiaire de son site Web.
par Patti Shank
Avec l’omniprésence du haut débit, les concepteurs de contenu interactif sont de plus en plus amenés à incorporer plusieurs médias et des graphiques dynamiques dans leur travail. L’utilisation de plusieurs médias plutôt que d’un seul (comme du texte) pour transmettre des connaissances peut être plus efficace, si tant est que ces divers types de contenu soient combinés efficacement et non pas simplement ajoutés les uns aux autres.
L’utilisation efficace du multimédia à des fins pédagogiques requiert un assemblage aussi minutieux que bien pensé des différents médias afin de tirer profit des particularités uniques de chacun d’eux. L’expérience d’apprentissage obtenue doit refléter le monde réel et permettre aux apprenants d’en appliquer le contenu dans différents contextes.
Dans une précédente carrière, comme responsable de la formation d’un établissement de médecine clinique, j’avais acheté une solution de formation sur ordinateur qui enseignait la terminologie médicale aux assistants, techniciens et transcripteurs médicaux. Entièrement textuel, le programme était plutôt révolutionnaire pour l’époque. Je me souviens que Bonnie Newton, ma collègue, et moi-même étions très heureuses de pouvoir proposer une alternative à ceux qui ne pouvaient pas participer à ses très populaires cours de terminologie médicale. Cette formation était cruciale pour les personnes qui devaient connaître le sens de mots comme « macrovasculaire » et « macroglossie », et l’existence de plusieurs options de formation leur donnait la flexibilité d’apprentissage dont elles avaient besoin.
Faisons un bond de 15 ans pour arriver à l’apprentissage en ligne de la terminologie médicale que nous connaissons actuellement. Désormais, des graphiques viennent illustrer chaque terme, des séquences audio en donnent la prononciation correcte, des animations permettent de visualiser les différentes composantes de chaque tout et la vidéo en montre des usages quotidiens. Les apprenants peuvent utiliser des fiches question-réponse électroniques et télécharger des références à imprimer pour les aider dans leurs études. Les cours en classe permettaient une interaction en direct. Les anciennes formations par ordinateur ont apporté la flexibilité. Aujourd’hui, le multimédia donne à la formation de nouvelles dimensions que les solutions par ordinateur pouvaient difficilement atteindre. Par exemple, le multimédia peut faciliter la compréhension via des vues multiples, comme par le biais d’une animation accompagnant les instructions d’une procédure. Il peut apporter de la profondeur via des canaux et ressources d’informations supplémentaires. Il permet également d’enrichir le message grâce à des vidéos qui ajoutent l’image à la parole. Mais, si sa mise en place manque de réflexion et de précision, il peut aussi ajouter une complexité inutile et provoquer des frustrations.
Les définitions varient. Richard Mayer, professeur de psychologie à l’Université de Californie, à Santa Barbara, définit le multimédia comme une présentation de contenu mêlant texte et graphiques. Cette définition, à mon avis, est un bon début, mais elle ne va pas assez loin dans les facteurs essentiels qui font du multimédia un support pédagogique efficace (ou non).
Mao Neo et Ken T. K. Neo, de la Multimedia University en Malaisie, développent cette définition. Pour eux, le multimédia est « la combinaison de divers types de supports numériques, comme du texte, des images, du son et de la vidéo, dans une application ou présentation interactive multisensorielle intégrée visant à véhiculer un message ou des informations à un public. » Cette définition m’interpelle, car elle implique que la combinaison des éléments apporte plus que les éléments pris séparément, ce qui, à mon sens, est la qualité première du multimédia en termes de formation. Dans toute combinaison ou permutation de formats de médias courants, le tout doit être supérieur à la somme de ses parties.
Le multimédia a très certainement la capacité d’étendre le volume et le type d’informations accessibles aux apprenants. Il peut apporter différents niveaux de ressources utiles, tout comme fournir des informations non vérifiées générant frustration et surabondance. Par exemple, les encyclopédies en ligne peuvent fournir des liens vers des vidéos et des articles supplémentaires sur des sujets d’intérêt spécifiques. Les articles de presse peuvent contenir des liens vers des commentaires audio, des retransmissions de vidéos et des liens vers des sites Web proposant des ressources complémentaires. L’enseignement en ligne peut inclure des explications, des liens vers des ressources, des simulations, des illustrations et des photographies, ainsi qu’une pléiade de types d’activités qui peuvent également inclure plusieurs médias. Toutefois, un nombre trop important de ressources et de médias peut occulter tous ces avantages et mener à une certaine confusion.
Figure 1 : Plusieurs médias dans une formation en ligne sur une application
La figure 1 montre un écran d’une formation sur une application complexe développée par Learning Peaks. La table des matières (qui disparaît lorsqu’elle n’est pas utilisée pour gagner de l’espace) propose une série de composants multimédias, notamment des effets de survol, des animations, des simulations et des aides.
Mayer explique que nous traitons les informations à travers deux canaux de base : le verbal et le visuel. Nombre de personnes partent du principe que le multimédia est de toute évidence la meilleure solution, car elle utilise les deux canaux. Des chercheurs ont découvert que le multimédia facilite l’apprentissage, car il s’adapte plus aisément aux diverses préférences des apprenants. L’utilisation de plusieurs médias exploite le fait que notre cerveau accède aux informations de manière non linéaire. Cependant, le multimédia peut également se révéler inefficace, voire nuisible, lorsqu’il n’est pas exploité de manière judicieuse.
Dans les quelques sections qui suivent, je m’attacherai à décrire comment la théorie pédagogique contemporaine explique notre façon d’apprendre, comment le multimédia peut augmenter ou diminuer l’efficacité de l’apprentissage, l’impact du multimédia sur l’apprentissage, les modes de conception qui favorisent l’apprentissage, et en quoi une conception insuffisamment réfléchie peut mener à des environnements de formation de moindre qualité.
Avant d’analyser les recherches menées sur la manière dont le multimédia peut augmenter ou diminuer l’apprentissage, je vais revenir sur quelques notions de base relatives à la manière dont nous apprenons, à la complexité du processus d’apprentissage et au besoin d’appréhender la recherche multimédia en tenant compte de cette complexité.
L’apprentissage est souvent perçu comme un transfert d’informations d’une personne (un formateur ou un expert) à une autre (l’apprenant). Les apprenants sont supposés obtenir des informations de la part d’un expert et les mémoriser.
Figure 2 : L’apprentissage perçu comme un transfert d’informations
Bien que largement retenue, cette perception est trop simpliste : elle considère l’apprenant comme un récepteur passif d’informations et ne fournit aucune ligne directrice pour la conception d’environnements de formation efficaces. En fait, les concepteurs qui soutiennent cette perception conçoivent souvent des environnements de formation qui n’incluent pas les éléments essentiels à un apprentissage efficace, à savoir l’interaction ainsi que la possibilité de donner son avis et d’apprendre dans le temps.
Une perception radicalement opposée consiste à dire que l’apprentissage requiert l’intégration et la compréhension personnelles des nouvelles informations en les appliquant dans la vie quotidienne. Dans cette perception, l’apprentissage demande une réelle implication pour comprendre comment combiner les nouvelles informations aux connaissances existantes et comment les intégrer dans des connaissances et aptitudes complexes ; l’apprentissage ne se résume pas à se souvenir de faits et procédures isolés.
Figure 3 : L’apprentissage perçu comme un transfert de processus intégrateur complexe
Etre simplement capable de répéter les informations ou savoir les appliquer dans ses activités personnelles et professionnelles quotidiennes : la différence est immense. Une grande partie de la formation est basée sur la mémorisation par cœur ou un apprentissage superficiel, mais cette approche ne va pas assez loin. Le réel objectif de l’apprentissage est l’accumulation de connaissances et d’aptitudes pouvant être utilisées dans la vie, pas uniquement la capacité de se souvenir des informations.
Le savoir déclaratif est la connaissance du sujet (l’aptitude à répéter, répertorier, corroborer, décrire, etc.). Le savoir procédural est la connaissance du comment (l’aptitude à mettre en pratique des connaissances réelles complexes). Prenons l’exemple de techniciens spécialisés dans la maintenance des photocopieurs. Ceux qui sont capables de répertorier les composants d’un photocopieur ont un savoir déclaratif. Ceux qui connaissent les interactions entre les composants et leur fonctionnement et qui peuvent utiliser cette connaissance pour réparer une défaillance ont un savoir procédural. Le savoir déclaratif est souvent intégré au savoir procédural, mais ne suffit pas. Trop souvent, la formation est développée au niveau déclaratif, alors que les gens sont confrontés à des tâches qui leur demandent de travailler au niveau procédural.
Une formation efficace doit avoir pour objectif de fournir des opportunités formelles permettant de développer des connaissances et aptitudes complexes, c’est-à-dire le savoir procédural. Dans le modèle de transmission, le but de la formation est de présenter des informations, puis de vérifier que les apprenants s’en souviennent. Ce modèle est adapté au transfert d’informations, où aucun pré-requis spécifique n’a été établi, mais ne convient pas à la formation. Dans le modèle constructif, le but de la formation est de créer des opportunités qui permettent aux apprenants d’accumuler des connaissances et des aptitudes de plus en plus complexes, puis de vérifier s’ils appliquent ou utilisent ces connaissances dans des situations réelles.
Les théoriciens de l’apprentissage contemporains comme Spiro, Bereiter et Brown considèrent que le but premier de la formation est de fournir aux apprenants des opportunités leur permettant de développer une expertise dans les domaines de la vie dans lesquels ils sont impliqués. Une étape importante du développement de cette expertise est la mise en place de modèles mentaux efficaces. Un modèle mental se définit comme une représentation interne de la réalité. Ainsi, une formation sur le fonctionnement d’un photocopieur doit aider les apprenants à intérioriser l’interaction entre les composants afin de pouvoir faire fonctionner la machine ou la réparer, et pas uniquement à faire correspondre les photos des composants avec leurs noms.
Donald Norman, conseiller et scientifique cognitif, décrit la précision avec laquelle les modèles mentaux nous aident à être plus efficaces dans le monde qui nous entoure. Aider les gens à créer des modèles mentaux efficaces est devenu une priorité dans les domaines de l’interaction homme-machine et de l’utilisabilité informatique. Les modèles mentaux précis ou complets ont également leur importance dans la conception de contenu pédagogique, car ils jouent un rôle déterminant dans l’efficacité de l’apprentissage.
Un contenu multimédia bien conçu aide les apprenants à créer des modèles mentaux plus précis et plus efficaces par rapport à du texte seul. Shephard a résumé des études montrant les avantages potentiels des contenus multimédias bien conçus, à savoir :
1. Perspectives alternatives
2. Participation active
3. Apprentissage accéléré
4. Mémorisation et application des connaissances
5. Capacités de résolution des problèmes et de prise de décision
6. Compréhension du système
7. Réflexion d’ordre supérieur
8. Autonomie et concentration
9. Contrôle sur le rythme d’apprentissage et l’ordre dans lequel les connaissances sont acquises
10. Accès aux informations de support
Mayer décrit également les avantages potentiels du multimédia. Etant donné que les humains sont dotés de capacités de traitement des informations visuelles et auditives, le multimédia, explique-t-il, tire profit des deux capacités en même temps. Ces deux canaux traitant les informations très différemment, la combinaison de plusieurs médias permet de recourir aux capacités des deux systèmes. Des connexions pertinentes entre le texte et les graphiques peuvent ouvrir la voie à une compréhension plus profonde et à des modèles mentaux plus efficaces que si l’un ou l’autre média était utilisé seul.
Figure 4 : Texte et vidéo associés dans une formation en ligne sur la vente
La figure 4 montre un écran d’une formation sur la vente développée par Learning Peaks. Dans cet exemple, le texte à droite de la page présente brièvement ce que l’utilisateur verra dans la vidéo. Selon le principe de contiguïté spatiale de Mayer (décrit dans le tableau 1 ci-après), le texte et les images associés doivent être placés côte à côte pour améliorer l’apprentissage.
Hede et Hede proposent un modèle des multiples facteurs qui affectent la capacité d’apprentissage à partir du multimédia (figure 5).
Figure 5 : Modèle de Hede et Hede des effets du multimédia sur l’apprentissage
Le modèle permet aux concepteurs de considérer les facteurs susceptibles d’augmenter ou de diminuer l’efficacité du multimédia dans une formation. La méta-analyse de Liao montre que le multimédia est à l’origine d’un apprentissage incohérent, mais ces incohérences sont certainement dues aux divers facteurs du modèle : les découvertes de Liao montrent l’importance de la conception pédagogique globale dans l’efficacité du multimédia, car chaque facteur du modèle de Hede et Hede a une incidence sur l’apprentissage. A mon avis, cette incohérence est due au fait que bon nombre de projets ne tiennent pas suffisamment compte de ces facteurs. Encore une fois, le multimédia peut avoir un impact très positif sur la formation à condition d’être élaboré avec soin.
Outre ces effets essentiellement cognitifs, Astleitner, Wiesner et d’autres expliquent comment le multimédia peut affecter les émotions et la motivation. La vidéo, par exemple, possède des composantes émotionnelles qui peuvent influencer la perception du contenu. Ainsi, si les personnages de la vidéo se montrent distants dans un message sur le service à la clientèle, les apprenants peuvent douter de la fiabilité du contenu. Il convient par conséquent de prendre en compte les aspects liés aux motivations et aux émotions lors de la conception de contenu multimédia. Ces aspects correspondent aux facteurs Style de l’apprenant, Motivation et Implication cognitive du modèle de Hede et Hede.
Alessi et Trollip expliquent que les environnements pédagogiques bien conçus (y compris les environnements pédagogiques multimédias) se divisent en quatre parties :
1. Présentation des informations
2. Conseils sur la manière de procéder
3. Mise en pratique pour intégrer et mémoriser les connaissances
4. Evaluation pour déterminer les lacunes et étapes suivantes
Les figures 6 à 8 illustrent des exemples de ces quatre éléments.
Figure 6 : Texte et graphiques associés pour présenter les informations
Figure 7 : Texte et graphiques associés pour prodiguer des conseils
Figure 8 : Simulation pour la mise en pratique et l’évaluation
Ces quatre éléments peuvent être intégrés dans une formation en ligne ou une formation combinant des composantes technologiques et non technologiques, mais ils doivent tous être présents pour créer un environnement efficace. Bien que la plupart des éléments puissent être mis en place sans multimédia, ce dernier peut en augmenter l’efficacité et la portée. Prenez mon exemple précédent, qui comparait l’apprentissage de la terminologie médicale basé sur du texte à l’utilisation de graphiques et de simulations. De même, des pages de liens gagnent en efficacité lorsque les liens hypertexte sont enrichis de photos et de descriptions qui aident les apprenants à sélectionner ceux correspondant le mieux à ce qu’ils recherchent. Pour résumer, si vous choisissez et associez les bons éléments, vous augmentez leur attrait et leur efficacité.
Les recherches menées par Mayer sont souvent citées pour illustrer les résultats en termes de mémorisation et de transfert obtenus grâce au multimédia lorsque les principes énoncés ci-dessous sont suivis. Ces principes sont issus des enseignements de la science cognitive, qui nous a permis de comprendre les limites de la mémoire active et les méthodes de codage dans la mémoire à long terme.

Tableau 1 : Principes influençant l’efficacité du multimédia (selon Mayer)
La formation multimédia intéresse également les professionnels extérieurs aux champs d’éducation traditionnels. Lawrence Najjar, spécialiste des facteurs humains, a étudié les recherches existantes sur l’incidence du multimédia sur l’apprentissage et a découvert que les pratiques suivantes peuvent augmenter l’efficacité de la formation :
- Sélectionner le type de média le mieux adapté au type d’informations que l’on souhaite communiquer. Par exemple, les graphiques facilitent la mémorisation d’informations spatiales.
- Utiliser le multimédia pour expliquer, illustrer ou approfondir, et non dans un seul but esthétique.
- Présenter les composants multimédias ensemble pour qu’ils se complètent les uns les autres.
- Utiliser du multimédia qui regroupe de manière efficace les canaux de traitement visuel et verbal afin d’aider les apprenants à intégrer leur contenu aux connaissances déjà acquises (cette technique est appelée traitement élaboratif).
- Permettre aux apprenants de contrôler, manipuler et explorer. Ces possibilités favorisent l’apprentissage et le traitement élaboratif.
- Utiliser des métaphores et des analogies familières, inviter les apprenants à donner leur avis et personnaliser le contenu pour accroître la motivation.
- Encourager les apprenants à traiter et intégrer activement les informations plutôt que les recevoir passivement.
- Reprendre la présentation des médias d’information dans les médias d’évaluation.
L’utilisation de contenu multimédia dans les supports de formation ne se limite pas à combiner plusieurs médias, insérer des effets sympas ou ajouter de la complexité (ce qui peut d’ailleurs nuire à la concentration des apprenants). Utilisez chaque support à son avantage et combinez-les de sorte que la somme de tous les éléments favorise un apprentissage plus efficace que chaque élément séparément.
Le tableau suivant montre comment différents types de médias peuvent servir différentes finalités.
Tableau 2 : Exemples de types de médias et d’outils pour divers buts pédagogiques
La plupart de ces types de médias et d’outils apparaissent dans les figures précédentes. Par exemple, les figures 1, 4 et 6 à 8 illustrent la navigation et l’utilisation de texte et de graphiques. Les figures 6 à 8 montrent des représentations d’une application réelle. La figure 8 montre des modifications dans le temps et une mise en pratique directe. Les figures 9 et 10, ci-après, illustrent une procédure et des concepts cachés.
Figure 9 : Modèle de procédure utilisant du texte et des graphiques
Figure 10 : Effet de survol utilisé pour révéler des concepts cachés (source : Helen Macfarlane, illustrateur médical, www.uchsc.edu/ltc/Fertilization.html)
Selon des théoriciens comme Van Merrienboer, les environnements de formation plus dirigés sont censés mieux convenir aux débutants, tandis que les apprenants plus expérimentés ont tendance à préférer une approche plus libre. Permettre aux apprenants de sélectionner l’approche qui correspond le mieux à leur niveau d’expertise et à leur style d’apprentissage (puis de changer d’avis) présente des difficultés tant au niveau de la conception que des ressources, mais est souvent indispensable pour un public mixte.
Un environnement multimédia bien conçu peut accroître la motivation, l’apprentissage et le transfert. Le multimédia le plus efficace apporte des expériences d’apprentissage qui reflètent celles du monde réel et permet aux apprenants d’appliquer ce qu’ils ont appris dans divers contextes.
En règle générale, la conception de contenu multimédia complexe nécessite un travail d’équipe, car différentes connaissances sont requises pour obtenir un bon résultat. Par exemple, dans les deux projets illustrés aux figures 1, 4 et 6 à 9, notre équipe a fait intervenir plusieurs personnes et différentes compétences. Il nous fallait des connaissances en conception pédagogique pour déterminer le but de la formation et sélectionner les stratégies pédagogiques et les éléments multimédias, des compétences en écriture pour rédiger le contenu, des connaissances en architecture d’information pour structurer le contenu afin d’en faciliter le suivi et l’accès, des connaissances en conception graphique pour développer des graphiques explicatifs et une navigation clairs et attrayants, des connaissances en multimédia pour la création des éléments interactifs en collaboration avec les concepteurs pédagogiques, des connaissances en recherche d’utilisabilité pour s’assurer du bon fonctionnement de l’ensemble et de la convivialité pour l’apprenant, et enfin des connaissances en infrastructure pour s’assurer que tout fonctionne sur les systèmes des clients. Tous les projets ne nécessitent pas un expert pour chacune de ces fonctions, mais la plupart font appel à certains éléments de toutes ces compétences.
Il serait très simple de conclure que le multimédia est toujours la meilleure solution, mais il convient de rester prudent. La première question qui doit être posée est la suivante : avez-vous les ressources et les connaissances nécessaires pour une mise en place optimale ? Ensuite, les concepteurs doivent sélectionner des médias uniquement lorsqu’ils viennent soutenir un besoin de formation. Une formation utilisant un seul type de média élaborée de manière intelligente reste beaucoup plus efficace qu’une formation multimédia mal ficelée.
Le multimédia ajoute une complexité à la fois à l’écran et au niveau des tâches que les apprenants doivent accomplir. Par définition, un environnement de formation est déjà un espace inconnu, parfois complexe. Le multimédia peut permettre aux apprenants de se frayer un chemin dans cet espace. Si vous devez avoir recours à différents types de médias et de contenus, dirigez l’attention des apprenants vers les informations les plus importantes en définissant leur position et leur visibilité de manière appropriée. L’homogénéité de l’apparence et du positionnement des éléments permet de clarifier les étapes suivantes. Guidez les apprenants sans pour autant restreindre leurs choix, sauf en cas d’absolue nécessité (ce qui n’est presque jamais le cas). Une navigation verrouillée ou très contraignante, par exemple, peut donner aux apprenants la sensation d’être contraints plutôt que guidés, dépourvus de contrôle sur leur propre apprentissage.
Les apprenants doivent toujours être en mesure de dire où ils se trouvent et comment aller où ils veulent. Testez la disposition des écrans avec les apprenants pour évaluer leur facilité d’utilisation et acceptez d’apporter des modifications. Et proposez toujours aux apprenants un moyen d’obtenir une aide technique et des réponses aux questions qu’ils pourraient se poser sur le contenu.
Demandez-vous si la combinaison des médias améliore l’expérience d’apprentissage. Encore mieux, demandez l’avis des apprenants. L’utilisation de contenu multimédia ajoute-t-elle de la confusion ? Est-elle frustrante ? Avez-vous ajouté trop de médias ? Dans mon propre travail de conception, je fais en sorte que l’apprenant puisse déterminer lui-même quand utiliser le média complémentaire (par exemple, lancer une animation ou une vidéo, ou écouter un récit ou en lire la transcription) plutôt que l’obliger à le fermer si cela ne l’intéresse pas.
Une autre implication fondamentale à prendre en compte est que l’utilisation du multimédia fait appel à plusieurs sens. Cela signifie que vous devez penser aux implications de chaque support pour les personnes ayant des déficiences visuelles, auditives ou autres.
Un contenu multimédia efficace d’un point de vue pédagogique ne se résume pas à l’association de plusieurs médias : il doit combiner des médias de manière intelligente en tirant profit des caractéristiques de chacun d’eux pour développer et accroître l’expérience d’apprentissage.
Les recherches montrent que le multimédia peut développer et augmenter l’apprentissage. Les utilisations du multimédia vont des exercices pratiques aux jeux en passant par l’apprentissage découverte. Les concepteurs doivent d’abord déterminer le résultat à atteindre, puis sélectionner les éléments les plus adaptés à cet objectif (par exemple, choisissez de l’audio pour permettre à l’apprenant d’entendre des différences de tonalité). Ils doivent ensuite faire en sorte que les éléments multimédias soient bien conçus et interagissent correctement.
Un concepteur percevant l’apprentissage comme un simple transfert d’informations limitera certainement les avantages des environnements pédagogiques multimédias en privilégiant sans cesse des exercices pratiques même lorsqu’ils ne sont pas nécessaires d’un point de vue pédagogique. En revanche, une personne considérant l’apprentissage comme une construction du savoir peut avoir une idée si large des possibilités que l’environnement multimédia qui en ressort est frustrant ou écrasant pour les apprenants. Dans tous les cas, le choix de l’utilisation ou non du multimédia et la conception d’un environnement multimédia efficace demandent une réelle réflexion et la collaboration d’une équipe d’experts en conception pédagogique, arts graphiques, architecture d’information et utilisabilité.
Mayer et Najjar ont établi des principes de base pour la création d’environnements multimédias. Leurs recommandations peuvent se révéler très utiles. Attention toutefois à ne pas vous enfermer dans ces principes (ou tout autre principe de conception) au détriment des caractéristiques propres de chaque situation. Un bon concepteur doit savoir déterminer quand le respect des règles s’impose et quand la situation appelle une réponse unique.
Bien que le multimédia apporte aux concepteurs d’énormes opportunités de création d’environnements pédagogiques pertinents et efficaces, il ne garantit aucunement par lui-même l’efficacité d’un environnement. Hede et Hede nous fournissent une liste de facteurs importants à prendre en considération. La recherche dans ce domaine n’en est qu’à ses balbutiements et elle nous permettra de concevoir des environnements pédagogiques multimédias les plus efficaces possibles.