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Dominique Legrand
 
La couleur vue de profil

Un enfant trébuche sur la plage, sa tartine de confiture tombe dans le sable...

Statistiquement, dans la majorité des cas, c’est la face confiture qui se présente côté sable (avec un peu de mazout), rarement l’inverse. Certains invoqueront la gravité associée à la densité de la confiture, au magnétisme du sable, à la salinité et à la vitesse du vent… Rien de tout cela, il s’agit en fait d’une banale FATALITÉ.

Je scanne une photo, je l’affiche à l’écran, je l’imprime. Résultat : les couleurs sont incohérentes entre l’original, le moniteur et l’impression ! Les certitudes vacillent. Incompréhension, énervement, doute, colère… Contrairement à la parabole de la confiture, ce scénario catastrophe qui fait le quotidien de la PAO n’est pas dû à la fatalité.

 

État des lieux.


« Dis, Papy, quand tu faisais des images, au début du siècle, on ne contrôlait pas la couleur et ça marchait quand même ? »


L’image numérique est constituée de chiffres (!) qui, décodés, génèrent des couleurs. Chaque matériel qui reçoit ces chiffres, les traduit en couleurs selon ses propres caractéristiques : sa technologie, ses couleurs primaires, son support, écran, papier… Par ailleurs, les matériels ne sont pas réglés (calibrés) correctement. Dans ces conditions, les mêmes chiffres ne peuvent pas produire les mêmes rendus de couleurs. Le contraire serait même louche, tellement il y a de paramètres variables.

Pour obtenir des sorties couleurs cohérentes malgré la diversité des outils, il faut donc convertir les chiffres, en recalculant chaque couleur afin de prendre en compte les différences entre les périphériques, scanners, écrans, imprimantes, copieurs, presses offset…

Ainsi, chaque machine reçoit des informations chiffrées adaptées à ses habitudes de travail lui permettant de restituer au mieux la « vraie couleur », celle que nous souhaitons obtenir en final. Un « moteur », tel que ColorSync dans Mac OS, est chargé de recalculer les couleurs d’origine vers une autre destination.

Pour exécuter ce travail, ColorSync a besoin d’informations sur le comportement de chaque périphérique : comment le scanner « voit » les couleurs, sous quel aspect l’imprimante les restitue, dans quelles conditions l’écran les affiche. Ces caractéristiques sont mémorisées dans des fichiers nommés « profils », véritables « cartes d’identité » associées à chaque machine.

Un profil est issu d’une « caractérisation », opération qui consiste à analyser le comportement du périphérique à l’aide d’appareils de mesure (colorimètres, spectrophotomètre), de chartes en couleurs normalisées et de logiciels appropriés. Les données du profil sont enregistrées dans un fichier selon un standard défini par l’ICC**.

Afin de réaliser un profil fiable et durable, le périphérique doit être stabilisé dans son meilleur état de fonctionnement, opération préalable de « calibrage » (calibration in english).

Le terme générique « gestion de la couleur » regroupe les opérations distinctes de calibrage, de caractérisation et de mise en oeuvre des applications avec intervention des profils. L’objectif est d’anticiper le résultat final des couleurs imprimées dès la visualisation écran et de simuler ce résultat sur des imprimantes diverses.

Tout utilisateur Mac possède ColorSync gratuitement dans son système (ou son équivalent ICM2 sur Windows*) et toutes les applications essentielles en PAO supportent le concept. Pourtant, après plus de sept ans d’existence de ColorSync, et l’apport opérationnel de Photoshop 5, le mystère subsiste encore sur l’utilisation et la fiabilité du processus. De mésinformation en désinformation et autres bruits de couloir, très peu d’utilisateur le mettent en pratique avec succès. Pourquoi ?

 

Questions/réponses :

Est-ce que ça marche ? La question est dépassée, nous en sommes à la phase production.

Combien ça coûte ? Combien ça coûte de ne pas le faire en terme d’incertitudes, de temps perdu, de travaux refusés et recommencés, de qualité insuffisante et instable, de conflits relationnels client/fournisseur… ?

Est-ce facile ? Comme toute nouvelle technologie à mettre en place, tout professionnel ordinaire doit le faire avec la méthode et la rigueur appropriée comme un menuisier qui affûte ses outils en arrivant le matin. Il faut, pour cela, apprendre et investir un minimum avec la volonté de réussir. C’est donc moins facile que le racontent les discours marketing. Sans outrance inverse, il est cependant recommandé d’être assisté et pas seulement par ordinateur.

 

Quelques décennies plus tard :

- Dis, Papy, quand tu faisais des images, au début du siècle, on ne contrôlait pas la couleur et ça marchait quand même ?

- On vivait avec, on avait des habitudes datant du vingtième siècle, on appelait ça « bidouiller ».

- Et c’était rentable de travailler comme ça ?

- Non, mais on s’amusait bien quand même.

- Et les enfants sur la plage, ils mangeront toujours de la confiture au sable ?

- Oui, parce que c’est la fatalité.

 

(*) À ce jour, l'information et l’expérience sur Windows fait défaut.
(**) International Color Consortium.

À voir sur le site arts graphiques « ruses.com », les séminaires Intergraphic 2000 : http://www.ruses.com/Pages/interconf2000.htm

Club Photoshop : http://www.clubphotoshop.org

Dominique Legrand : http://www.ruses.com/pages/tug.htm

Dominique Legrand

Dominique Legrand
Après quelques milliers d'heures de vol dans la photogravure, la photocomposition et l'imprimerie, il contracte dès 1985 le virus infographique de l'édition électronique. Expert formateur, il a composé au clavier, décliqué à la souris et enluminé à l'écran cathodique La couleur imprimée mode d'emploi et quelques cédéroms de formation sur Photoshop. Il peut être contacté à tugraph@wanadoo.fr.