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Chroniques par
Michael Walker
Du général au particulier

L'utilisation de la technologie implique la gestion des attentes du client

Avant que les ordinateurs ne deviennent des outils omniprésents dans le domaine de la création, un visuel était un visuel, rien de plus. Les photographies étaient représentées à l'aide de croquis et colorisées à l'aide de plumes Pantone. Les polices d'affichage étaient laborieusement dessinées ou créées à partir d'autres caractères. Quant au texte, il était représenté par des lignes grises ou d'anciens textes provenant d'autres travaux. Dans les grands studios, des services entiers se consacraient à ces tâches qui avaient pour objectif de donner au client une idée générale de la sortie finale. Ce n'était que lorsque cette idée était approuvée qu'on passait à sa réalisation.

Aujourd'hui, bien au contraire, il n'y a presque plus ou pas de différence entre le visuel et le document final envoyé à l'imprimeur. Tous deux sont préparés sur Mac ou PC, et le dernier est souvent une version un peu plus approfondie du premier. Si cette méthode de travail offre de très gros avantages (il suffit de sélectionner l'image dans la photothèque plutôt que de la dessiner, ou de sélectionner une nouvelle police de caractères plus "branchée" dans le menu Polices plutôt que d'essayer de la dessiner...), elle peut toutefois être source de problèmes.

En fait, le projet est parfois de trop bonne qualité. Il peut paraître trop finalisé aux yeux du client. Ce dernier risque alors d'avoir des demandes qui peuvent être à l'origine de malentendus dans la suite du projet. Le travail sur ordinateur requiert une précision qui n'est pas nécessaire sur papier. Vous ne pouvez pas dire tout simplement "texte à insérer ici". Vous devez au contraire choisir une police de caractères, le corps, l'interlettrage et l'interlignage. Vous ne pouvez pas simplement indiquer "jolie photo de famille à insérer ici" en ajoutant de vagues gribouillis. Il vous faut au contraire trouver une photographie représentative. Et soudain, votre projet ressemble véritablement à un travail finalisé, sinon pour vous, tout au moins aux yeux du client.

Pour donner un exemple, on m'avait un jour confié la création d'une brochure dans laquelle les illustrations étaient des représentations photomicrographiques couleur de cellules (rien à voir avec un traité de biologie puisque mon client était un cabinet de conseil en gestion qui décrivait "l'entreprise en tant qu'organisme ". Nous avions créé le visuel de première page avec la numérisation rapide d'une photographie d'un ouvrage de la bibliothèque. Nous avions ainsi obtenu une image aux chaudes couleurs rouges et jaunes. Notre cliente avait été enthousiasmée par le visuel, mais lorsqu'elle reçut les dernières épreuves avant impression, elle fut horrifiée. L'image chaude et floue du visuel avait été remplacée par une numérisation de haute qualité à partir d'un transparent de la photothèque. Le rouge était devenu rose, le jaune était remplacé par du vert, et l'ensemble avait une netteté et un contraste qui ne lui plaisaient absolument pas. Nous avons donc dû passer un temps fou pour essayer de retrouver les couleurs et l'aspect du visuel, pour finalement numériser ce dernier et obtenir ainsi l'accord de la cliente.

La morale de l'histoire ? Suis-je en train de prêcher le retour au crayon, à l'encre et au papier pour obtenir approbation avant de commencer quoi que ce soit à l'écran ?

Pas du tout. Il s'agit plutôt de bien gérer les attentes du client. Si vous présentez un visuel réalisé à l'aide de marqueurs, le client sait parfaitement que la version finale sera différente, mais il en a au moins une idée générale. Maintenant, si vous présentez des sorties jet d'encre sur papier couché, n'oubliez jamais qu'aux yeux de la plupart des clients, ces visuels apparaîtront comme des versions finalisées. L'Ïil humain distingue parfaitement les détails et les couleurs, et le client risque fort de ne pas voir votre visuel en tant que tel.

Prenez donc le temps d'expliquer que vos visuels ne sont pas les vraies épreuves mais de simples représentations du style. Montrez d'autres travaux des photographes et dessinateurs que vous proposez. Montrez des sorties laser contenant d'autres typographies ou d'autres corps de caractères si vous n'êtes pas encore sûr de vos choix, ou s'ils dépendent de l'approbation d'autres aspects du projet (ou tout simplement s'il s'agit d'une question d'espace). Expliquez ce qu'est votre visuel en indiquant ce qui restera inchangé et ce qui va changer. Prenez le temps d'expliquer l'ensemble afin d'éviter toutes mauvaises surprises lors de la finalisation du projet.

Michael Walker
Il est rédacteur et responsable du design et de l'impression à MDC Marketing au Royaume-Uni. Il a travaillé comme journaliste dans la presse informatique professionnelle, et dans les domaines du design et de l'impression pendant plus de 10 ans.