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Jeff Schewe
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Portrait d'un bourreau de Photoshop.

Par Anita Dennis

Jeff Schewe
Logiciels Adobe utilisés :
Adobe® Photoshop®

Il y a une chose que Jeff Schewe ne fait jamais : cliquer sur l'icône d'une image pour lancer Adobe Photoshop. Tout simplement parce qu'il a sur son ordinateur les versions 0.87, 1.0.7, 2.0.1, 2.5.1, 3.0.1, 4.0, 5.0.2 et 5.5 du logiciel, plus diverses versions bêta de Photoshop 6.0. « Je ne peux pas double-cliquer sur une image pour l'ouvrir car je ne sais pas quelle version cela va lancer, » explique Jeff. « Je dois glisser-déposer les fichiers sur l'icône. »

Il a même un logiciel appelé Display (code développé par Thomas Knoll en 1987) qui est ensuite devenu Barneyscan XP puis, en 1990, Adobe Photoshop 1.0. « À cette époque, Photoshop était différent, » se souvient Jeff. « L'équipe de développement était plus petite, et le nombre d'utilisateurs était lui aussi beaucoup moins important. »

Jeff Schewe jouit d'une expérience unique de ce logiciel utilisé par des millions de personnes dans le monde, car elle remonte à près de 10 ans et n'a d'égale que chez les propres créateurs et développeurs de Photoshop. Et cette constatation n'étonne personne plus que Jeff.


« Je fais des choses auxquelles ils n'avaient pas pensé, des choses qui les surprennent. Cela les fascine et leur donne un point de vue intéressant sur les points forts et les points faibles du logiciel. »

- Jeff Schewe


« Je suis photographe à Chicago. Qui aurait cru qu'au fil des années j'allais rencontrer autant d'ingénieurs et m'intéresser autant au développement du logiciel ? » dit-il. « Mais c'est dans ma nature. Je suis connu chez certains ingénieurs comme le 'bourreau de Photoshop', pas un simple utilisateur. Je fais des choses auxquelles ils n'avaient pas pensé, des choses qui les surprennent. Cela les fascine et leur donne un point de vue intéressant sur les points forts et les points faibles du logiciel. »

La route jusqu'au numérique
Jeff Schewe est consultant en imagerie, professeur, écrivain et photographe publicitaire. Il a commencé sa carrière il y a 20 ans, en créant ses propres effets spéciaux dans sa chambre noire, mettant au point au fil du temps le style surréaliste qui est devenu sa signature. C'est en 1984 qu'il découvre les manipulations d'images sur ordinateur, alors que Digital Transparencies, société de Houston, effectue des retouches sur un système propriétaire haut de gamme. « Lorsque j'ai reçu pour la première fois le transparent retouché sur ordinateur, cela a été une révélation, » dit-il. « J'ai compris que toutes les manipulations réalisées en chambre noire, que toutes les techniques photographiques que j'utilisais pour obtenir des images surréalistes pouvaient être appliquées avec beaucoup moins de contraintes sur ordinateur. »

Jusqu'à la fin des années 1980, les retouches numériques du photographe ont été réalisées sur des systèmes haut de gamme tels que Quantel Paintbox. Cela lui permettait d'obtenir l'effet recherché, mais la méthode était longue et coûtait des centaines de dollars par heure. Mais au début des années 1990, les ordinateurs personnels sont enfin devenus suffisamment puissants pour permettre à Jeff de faire lui-même le travail. « Photoshop a démocratisé l'image numérique, » dit-il. « Je pouvais disposer de toutes les fonctionnalités qu'offraient les systèmes haut de gamme et les utiliser moi-même. Alors, je m'y suis plongé la tête la première. »

En 1992, Jeff Schewe s'achète un Apple Macintosh Quadra 950 avec lecteur de disque d'1 Go et 256 Mo de RAM, un écran couleur de 21 pouces, un lecteur de cartouches SyQuest 44 et Adobe Photoshop 2.0. A l'époque, cette configuration de pointe coûtait plus de 20 000 dollars, et ce matériel est depuis longtemps obsolète. Dès le début, il a travaillé dans de gros fichiers (150 Mo ou plus) et avec une vraie résolution photographique. Il prend ses photos à l'aide d'appareils Canon, Hasselblad et Sinar puis les sort sur des pellicules qu'il numérise à l'aide d'un scanner Imacon Flextight II.

« Je préfère utiliser des pellicules classiques puis traiter et numériser les fichiers avec la plus haute résolution optique possible car je veux obtenir des images de la plus haute qualité, » explique Jeff (c'est pourquoi il est hors de question d'utiliser des appareils numériques tant qu'ils ne peuvent générer de plus gros fichiers). Il procède aux réglages couleur en RVB 16-bits dans Photoshop, puis convertit en RVB 8-bits pour la composition et les manipulations. « Ainsi, je travaille à partir d'une image 8-bits parfaite. Je sous-échantillonne le fichier retouché et l'image redimensionnée est parfaite puisque je travaille en résolution photographique. »

Selon Jeff, la qualité de ses compositions finales s'explique aussi par sa méthode de sous-échantillonnage. « Pour le sous-échantillonnage, j'ai un truc : ne supprimez jamais plus de la moitié des pixels d'un coup. Si vous avez une image en 1000 dpi que vous sous-échantillonnez d'un seul coup en 72 dpi, vous perdez une grande partie des pixels. Pour conserver une bonne texture et un bon niveau de détail, je procède par échantillonnages successifs de 50 à 75% seulement, en appliquant à chaque fois des accentuations et des flous. De cette manière, je contrôle mieux les détails. »

Jeff fournit à ses clients des fichiers CMJN séparés, généralement destinés à des magazines nationaux. Il utilise la gestion colorimétrique d'Adobe Photoshop pour les épreuves et prépare les images en fonction des capacités couleur de l'épreuve finale. Il utilise aussi les profils ICC pour que ses moniteurs et son imprimante Epson Stylus Photo 1200 simulent parfaitement les couleurs lors de sorties Matchprint, par exemple, et il voit les couleurs finales lorsqu'il travaille dans son fichier ou qu'il génère des épreuves intermédiaires. Il envoie ensuite à ses clients une vraie sortie Matchprint (ou Polaroid PolaProof, Kodak Approval, Fuji ColorArt ou une autre épreuve en demi-teintes) avec l'image numérique séparée. « Ce que le directeur artistique et moi voyons à l'écran correspond à ce que nous obtiendrons à l'épreuvage. On ne peut rien demander de plus. Depuis que je procède ainsi, je n'ai eu que de très rares problèmes. » dit-il.

Étant donné que ses clients réutilisent souvent ses travaux pour le Web, Jeff leur fournit également un fichier de résolution moyenne (pas un JPEG) qu'ils peuvent sous-échantillonner à leur convenance. Et dans la mesure où ces clients veulent que les versions Web et les versions imprimées soient strictement identiques, il reconvertit son fichier CMJN en RVB avant de leur envoyer. « Cela limite l'image Web à ce qui peut être obtenu en CMJN, et c'est dommage. Mais lorsqu'il est primordial d'obtenir une présentation homogène, l'image Web doit être une réplique exacte de l'image imprimée » dit-il.

L'historique de l'Historique
Jeff Schewe a commencé à participer au développement de Photoshop à partir de la version 4.0, lorsqu'il est devenu 'alpha-testeur'. Mais c'est dans la version 5.0 que son intervention est devenue vraiment significative. L'ingénieur Mark Hamburg, qui travaillait sur Photoshop depuis la version 2.0, envisageait une fonction Annuler pour la mise à jour du logiciel, et Jeff Schewe a travaillé avec lui pour mettre au point la fonction Historique, plus pratique et plus puissante. « Je suis particulièrement fier de la fonction Historique, » dit-il. « Elle permet d'avancer tout en gardant la possibilité de revenir sur des opérations antérieures. C'est un moyen de manipuler plusieurs stades des données. »

Aujourd'hui, Jeff Schewe est enthousiasmé par Photoshop 6.0 et ses nouvelles caractéristiques qui améliorent à la fois le processus de création et la production : les formes vectorielles, la possibilité de modifier directement le texte et l'interface revisitée pour la gestion colorimétrique, entre autres. Il reconnaît que Photoshop n'a pas toujours été le premier à introduire des nouvelles fonctionnalités (les calques et les annulations multiples, par exemple, existaient déjà dans d'autres logiciels), mais selon lui, ce n'est pas un problème. « Photoshop étant un standard du marché, Adobe se doit d'introduire des nouveautés qui fonctionnent tout de suite parfaitement. Vous pouvez lancer une fonction qui imite celle d'un autre logiciel, ou vous pouvez le faire en renforçant et en améliorant la technologie cachée derrière le logiciel. C'est ce que fait Adobe. »

Selon Jeff Schewe, c'est la technologie de Photoshop (la gestion mémoire et la mathématique permettant de traiter les données bitmap) qui a fait de ce logiciel ce qu'il est aujourd'hui. « Photoshop est le numéro un du marché et il est utilisé par des millions de personnes parce que c'est la même fonctionnalité de base qui est utile pour tout le monde. Les autres logiciels n'ont pas cette particularité. »

Et Jeff ne voit rien qui puisse remettre en question l'amour du public pour Photoshop, ni son rôle de leader dans le domaine de la retouche d'image. « Les gens n'en auront plus besoin quand ils n'auront plus besoin des pixels. À vous de me dire quand cela se produira... »

  Configuration de Jeff Schewe
         
  Station de travail :   Apple Macintosh G4/450 avec 1 Go de RAM et plus de 60 Go d'espace sur disque dur, écran 21 pouces Mitsubishi SpectraView, écran 17 pouces Mitsubishi Diamond Pro et Adobe Photoshop.
         
  Station de numérisation :   Système Daystar Genesis avec carte Newer Technology G3 à 400 MHz, 1 Go de RAM supplémentaire et 18 Go d'espace sur disque dur, écran 21 pouces Mitsubishi SpectraView, scanner Imacon Flextight II et graveur de CD APS 8X.
         
  Serveur de réseau :   Apple Power Macintosh 9600 avec une carte Newer Technology G3 à 400 MHz, lecteur de disques 4, 9 et 18 Go, sauvegarde Seagate Sidewinder AIT. Tous les ordinateurs sont connectés via 100BaseT Fast Ethernet et un commutateur Farallon.
         
  Portable :   Apple PowerBook G3 à 300 MHz avec 192 Mo de RAM et disque dur de 14 Go.
         
Anita Dennis est rédactrice indépendante à San Francisco.